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08.05.2008
Le regard du vivant et le regard du mort.

A l’heure où je poussais mon premier cri ouvrant mes yeux à la vie, les ouvriers est allemands commençaient la construction d’un mur traversant Berlin dans toute sa longueur, du nord au sud de la ville. Au même instant, toutes les frontières de la RDA et les secteurs occidentaux furent fermés par des réseaux de plusieurs kilomètres de grillages et de barbelés séparant les familles. Les appartements qui longent la ligne de démarcation sont évacués ou investis par la police populaire allemande qui fait murer les portes et les fenêtres. Ceux qui ne peuvent pas fuir, se jettent par les fenêtres du quatrième ou cinquième étage. Les allemands de l’est détruisent complètement les immeubles de la Bernauer Strasse pour faire place au mur définitif où flotte le drapeau de la Freie Deutsche Jungend (jeunesse libre allemande). Mon destin venait alors à jamais d’être scellé à cette heure historique, par le combat pour une humanité où prôneraient les valeurs morales de liberté, de fraternité, de dignité, de respect et de tolérance. Je ne savais pas encore combien ce mur et moi avions de cheminement à faire ensemble et combien il compterait dans ma vie....
Le premier cadeau que me fit la France, fut sans aucun doute, le manuel du « savoir vivre » qu’il était vivement conseillé aux épouses d’officiers de l'Armée Française de connaître par coeur. Un livre en "notes de services brochées", contenant les us et les usages, les coutumes, les grades et leur représentation symbolique, le placement à table, et tout une multitude d’astuces à respecter et d’impairs à ne pas commettre. C’est ainsi que j’appris qu’une épouse ne devait pas dire « mon Général » mais « Général »…
L’histoire, mon histoire, me rejoignit à Berlin lorsque l’ordre de mutation arriva alors que nous résidions à Metz.
Il nous fallut rejoindre Strasbourg où se trouvait le « Train militaire » qui assurait la ligne de la liberté entre la France et Berlin, jusqu’à seize trains par jours en 1947. En gare de Strasbourg je m’embarquai sur le même chemin que les juifs déportés, traversant les lignes de l’Allemagne de l’Est protégées par les barbelées et surveillées par les guérites militaires dans le brouillard matinal d’un voyage de douze heures pendant lesquelles ma fertile imagination me plongea dans le tréfonds de la douleur de l’Autodafé et de l’extermination de la race humaine par elle-même.
Auschwitz 1,2 Million de morts, Buchenwald 60 000 morts, Chelmno 300 000 morts, Dachau 60 000 morts, Flossenburg 10000 morts, Lublin/Majdanek 200 000 morts, Mauthausen100 000morts,
Mittlebau/Dora 20 000 morts, Natzwiller/Struthof 22000 morts, Neuengamme 50 OOO morts,
Ravensbruck 90 000 morts, Sachsenhausen 84 000 morts, Sobibor 200 000 morts, Stuttof 60000 morts,Theresienstadt 35000 morts, Tréblinka… 750 000 morts …
Les visages de la douleur, de l’incompréhension, de la terreur défilant à la vitesse du trajet, s’inscrivaient sur ma route, dans ma chair dans ma peau, incisant avec profondeur le tatouage de l’immonde, la destruction massive de l’humain par son congénère. C’est ainsi que germèrent à moi les premières graines de « La Garon », semées au vent par ce voyage, elle fusionnaient ainsi avec ma mémoire, et les paysages de mon enfance.
Nous débarquâmes à Berlin, en ce matin de juin 1990, juste sept mois après la chute du rideau de fer. Pour découvrir une RDA, portant encore les traces de la guerre, avec presque un siècle de retard technique.
Pendant quatre ans j’eus l’infime honneur de représenter La France, mon pays.
Désignée par le Protocole, j’eus l’immense honneur privilégié de rencontrer du temps de son Mandat, Monsieur Bill Clinton Président des États-unis d’Amérique, d’être invitée par son Altesse Royale, La Reine mère Elizabeth d’Angleterre « Queen Mumm » dont Adolf Hitler avait dit, qu'elle était la femme la plus dangereuse d'Europe, en raison de son rôle aux côtés de son peuple durant la Seconde Guerre mondiale. Refusant de quitter Londres pour échapper au "Blitz", elle préférait remonter le moral de la population en se rendant dans les quartiers touchés par les bombardements, par Son Altesse Royale le Prince héritier Charles d’Angleterre,
Monsieur le Président Helmut Kohl… Sous les commandements du Général Jolibois, du Général Gosset et du Général Brulard qui furent tour à tour commandants des Forces Françaises stationnées à Berlin. Je m’impliquais totalement dans l’organisation des manifestations caritatives au profit des associations inter nations. Recevais les dirigeants et les dignitaires conformément au protocole. Et je dois dire que le petit livre broché me fut d’un grand service. Grâce à l’éducation sévère que je reçus, je pus me sentir à l’aise en toutes circonstances.
La ville de Berlin Ouest est la vitrine de l’occident, Siemens et Mercedes sont attachés à l’ordre économique. L’éventail des manifestations artistiques, littéraires, musicales, théâtrales est optimal. Je bénéficie d’une voiture particulière avec un chauffeur garde du corps, et contrairement aux Français qui restent en Fransosich zone (le 12 aout 1945 les autorités militaires remettent les deux arrondissemnts de Wedding et de Reinickendorf au Général Beauchesne premier gouverneur de Berlin), je visite le patrimoine et les édifices laissés par nos compatriotes Huguenots Français chassés par la révocation de l’Édit de Nantes qui furent nourris de l’espoir de rentrer d’exil, les musées, en particulier le check point Charlie lieu de passage entre Berlin Est et Berlin Ouest. Je visite Sachsenhausen à Orianenburg 84 000 morts : des soviétiques, des juifs, des prisonniers de guerre, des Français, des Polonais des « asociaux », des Tziganes, des prisonniers de haut rang, tous morts gazés ou ayant subi l’expérience médicale, ou bien encore d’épuisement après avoir servi comme main d’œuvre à de grands consortiums économiques comme BMW , Farben ou Heinkel. Mon livre La Garon prend forme. Il faut vulgariser l’horreur pour la mettre à portée du lecteur et le faire dès la plus jeune enfance pour que plus jamais l’homme ne commette de tels génocides.
Je suis pétrie de la douleur qu’expriment les lieux, cette souffrance et cette foi en l’homme qu’il me semble nécessaire d’éduquer à ce que l’on nomme humanité.
(Extrait de ma biographie).
Photographie de moi
©Simbad
La semaine dernière lors
d'une réunion de travail sur Ismail Kadaré
Saint Emilion
Le regard du vivant et le regard du mort.
Sans un bruit on élève la muraille,
Qui célèbre la peur et fête la haine,
L'une s'enclave, tandis que l'autre s'élève,
Comme une rumeur,
Habite,
Le regard du vivant comme celui du mort.
L’œil,
Qui parcourait les plaines,
Se vêtit d’un voile,
Aveugle,
Il obscurcit l’horizon en souillant la mémoire
Avant le fruit, il n'y avait ni bien, ni mal,
Il n'y avait pas d'habits,
Pour vêtir du voile ce que l'œil voit,
Et l'œil poursuivait jusque dans la tombe,
La main fratricide qui perforait le cœur.
Les mots se figent comme le sang sèche,
L'âme se flétrit,
La bouche purpurine,
Se vide, comme la rue,
Les paupières se ferment,
Il n'y a plus que des absents.
Les yeux vides et caverneux,
Des vivants et des morts,
Sont derrière la citadelle,
Terrés par la peur.
Il y a des corps qui sont comme des tombeaux,
A l’éloge de l’ombre
Ils abritent l’ignorance,
Et sculptent par leurs actes de laideur,
Leur devenir façonné en enfer.
Ils sèment la douleur,
Enfantent la misère,
Et se servent de leurs frères,
Jusqu’au bout de leur chair,
Dans des champs de labeur,
Où s’inscrivent la trace de la sueur,
Le goût pourpre et amer des rivières,
De larmes et de sang.
J’entends le cri de tous ces silences,
Le bâillon
Qui scelle la parole,
Mon exhortation qui la délie,
Transperçant les murs, les clôtures, les bunkers, les frontières,
Érigés par les cultes, les préjugés et les hommes.
Et je chante,
Dans ce monde en perte de vitesse,
Où le cœur se glace d’indignités,
De toute mon âme
L’hymne d’Amour, de Tolérance et de Liberté,
Qui fonde tous les hommes
En une seule Nation
Celle de l’Humanité.
Et mon regard est celui du Vivant
Il n’y aura point de voile
Et je vous dirais tant
De ce qui me brûle dans la souffrance des gens.
Et me consume
Jusqu’à ce que ma plume,
Vous porte dans le vent,
Ce que mon cœur porte de sentiments.
©Claude Chatron-Colliet, Mai 2008
Lorsque La technologie devient le moyen de surveillance
Ceuta et Melilla au Maroc :
Crédits Photographies: Wikipédia
Pour en savoir plus sur les murs
Très bel article de Luc
http://chezluc.blogspot.com/2006/01/histoires-de-murs.html
11:30 Publié dans Actualité , De quoi sera donc fait demain si l'on n'y prend | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note












